
Moscou, Washington et la guerre impossible à évaluer : l’équation géopolitique qui déstabilise le monde
La dernière fois qu’un directeur de la CIA a atterri à Moscou — du moins officiellement — c’était en novembre 2021. William Burns venait alors avertir le Kremlin de ne pas envahir l’Ukraine. On connaît la suite.
La semaine dernière, c’est John Ratcliffe qui a fait le voyage, pour rencontrer les patrons du renseignement russe. Il se rend dans une capitale où la guerre est devenue un actif impossible à valoriser : personne ne sait plus combien elle coûte, ni jusqu’où elle peut aller.
Un paysage stratégique devenu imprévisible
La visite de Ratcliffe intervient alors que la guerre russo‑ukrainienne entre dans une phase d’escalade erratique. Les services américains évoquent désormais la possibilité d’une attaque russe contre un pays de l’OTAN. Moscou multiplie les opérations « dans la zone grise » : drones, cyberattaques, sabotages en Europe.
En mer Noire, la Russie frappe ports, navires, camions. Les exportations de céréales chutent, les prix du blé et du maïs bondissent d’environ 13 % en six semaines, et le marché du tournesol devient imprévisible.
Ajoutez à cela les fermetures intermittentes du détroit d’Hormuz : les prix européens du gaz naturel atteignent leur plus haut niveau depuis début 2023… et l’hiver approche.
L’usure comme doctrine
L’année a été rude pour Moscou. L’économie russe montre des signes de fatigue. L’Ukraine a repris l’initiative sur le terrain, frappant raffineries, entrepôts, infrastructures logistiques — jusqu’à Wildberries, l’Amazon russe — pour faire sentir le coût de la guerre aux élites.
Mais la Russie réplique. À mesure que les attaques ukrainiennes se multiplient, les représailles russes s’intensifient. Le ministère de la Défense promet des « frappes massives » contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes.
Les succès russes d’août s’expliquent en partie par une pénurie critique d’intercepteurs Patriot, encore un scandale venant du Pentagone.
Zelensky, lui, traverse une zone de turbulences : limogeage de son ministre de la Défense populaire, Mykhailo Fedorov, manifestations, appels à des élections, scandales de corruption impliquant des hauts responsables.
La Turquie a même convoqué l’ambassadeur ukrainien après des attaques contre des navires opérés par des entreprises turques en mer Noire, un incident qui met Kyiv en porte‑à‑faux avec une puissance régionale clé.
Les deux camps perdent. Aucun ne voit comment atteindre ses objectifs stratégiques.
La pression, toutefois, s’est déplacée vers Poutine, alimentant les spéculations sur un recours au nucléaire ou une attaque contre un pays de l’OTAN. Une telle action entraînerait l’Europe dans le conflit. Et si la dissuasion nucléaire échoue, les conséquences dépasseraient largement les débats géopolitiques.
La guerre longue : le scénario le plus probable
Le scénario le plus réaliste est celui que Poutine mène depuis l’échec de son offensive éclair sur Kyiv en 2022 : une guerre lente, d’usure, où la Russie rend le coût économique insupportable pour l’Ukraine et épuisant pour l’Europe, jusqu’à obtenir un accord conforme à ses exigences.
L’histoire russe regorge d’adversaires incapables de souffrir plus longtemps que Moscou. Poutine rejoue cette partition.
Fedorov, l’architecte de l’usage massif des drones ukrainiens, le reconnaît désormais : l’Ukraine « perd progressivement, lentement, la guerre ».
Il cherche aujourd’hui à lever des fonds pour un véhicule d’investissement en technologies de défense, convaincu que l’avenir du conflit se jouera sur trois axes :
- la robotique de champ de bataille (Kyiv manque de soldats),
- des drones intercepteurs rapides et bon marché,
- des missiles à bas coût dotés d’IA.
Les armes de précision du XXIᵉ siècle auront donc un cerveau. Et c’est peut‑être la seule manière pour l’Ukraine de dépasser la capacité russe à endurer.
Rappelons‑nous : les États‑Unis ont gagné la guerre froide en innovant plus vite que les Soviétiques, malgré la capacité de ces derniers à souffrir davantage.
Un conflit à somme nulle
La guerre Russie‑Ukraine entre dans une zone d’incertitude totale. Rien à voir avec la confrontation États‑Unis / Iran, qui, sous son régisseur Trump, tourne au théâtre guignolesque. Washington manque de munitions, et le prix du pétrole limite l’ampleur des frappes américaines.
L’Iran a utilisé le détroit d’Hormuz comme levier, déclenchant une course mondiale pour contourner cette dépendance. Le conflit continuera d’influencer les marchés, mais ses scénarios sont clairs et bornés.
La guerre en Ukraine, elle, ne l’est pas.
Si la Turquie obtient un « grain deal 2.0 » et si les avertissements américains sont entendus, les prix agricoles pourraient se calmer et la mer Noire redevenir relativement stable.
Mais si Moscou et Kyiv restent coincés dans une spirale d’escalade — combinée à un super El Niño et aux tensions autour d’Hormuz — les prix de l’énergie et de l’alimentation continueront de grimper, sans que la Fed, la CIA ou quiconque puisse y changer quoi que ce soit.
Les États‑Unis et l’Iran existeront toujours lorsque les deux camps décideront d’arrêter.
La Russie et l’Ukraine, elles, sont dans un jeu à somme nulle. Le statu quo est impossible. Chacun ne peut accepter la survie de l’autre que selon des conditions que l’autre ne peut offrir.
Ils continueront donc à tenter de se surpasser en endurance et en innovation. Et si les Russes et les Ukrainiens paient le prix le plus lourd, le reste du monde — à la pompe, au supermarché, sur la facture de chauffage — en ressentira les effets pendant autant d’hivers que nécessaire.
Les répercussions pour les investisseurs
Pour un investisseur, ce conflit n’est pas seulement une tragédie humaine ou un risque géopolitique : c’est une reconfiguration silencieuse des moteurs de rendement.
La guerre d’usure entre Moscou et Kyiv, combinée aux tensions énergétiques mondiales, crée un environnement où les actifs dépendants de la stabilité, de la fluidité des chaînes logistiques ou de l’abondance énergétique deviennent structurellement plus fragiles. À l’inverse, les actifs réels — énergie, infrastructures, matières premières, agriculture, logistique physique — retrouvent un rôle central. Non pas par effet de mode, mais parce que le monde redevient rare, cher, imprévisible.
Dans un contexte où les prix de l’énergie, des céréales et du transport peuvent exploser en quelques semaines, où les routes maritimes sont militarisées, où les États reprennent le contrôle de ressources stratégiques, la prime va à ce qui résiste à la géopolitique : les actifs tangibles, productifs, générateurs de cash‑flow, et les modèles économiques capables d’absorber des chocs externes.
Ce conflit rappelle une vérité simple : l’innovation et la résilience sont les deux seules forces qui battent l’instabilité. Les pays qui innovent gagnent les guerres ; les entreprises qui innovent survivent aux cycles ; les investisseurs qui privilégient la robustesse plutôt que la spéculation traversent les crises.
L’impérialisme revient
Vendredi, Washington a annoncé ce que Trump a décrit comme « le plus grand accord pétrolier du monde ». Lundi, la Maison‑Blanche a détaillé la création d’une entreprise, North American Blue Energy Partners, dans laquelle le Département de la Guerre détiendra 35 % du capital.
L’administration Trump prend ainsi, de facto, le contrôle de 65 milliards de barils des réserves prouvées du Venezuela — un impérialisme assumé : une grande puissance s’empare d’une ressource parce qu’elle la veut et qu’elle le peut.
Reuters rapporte également qu’on s’apprête à élargir les exemptions permettant aux raffineurs de produire davantage sans ajouter autant d’éthanol de maïs — ce qui ferait baisser les prix de l’essence tout en pénalisant les agriculteurs américains.
Ce serait la deuxième gifle pour ces derniers, après l’annonce d’un quadruplement des importations de bœuf argentin dans le but de diminuer le prix du bœuf pour les ménages américains.
Du pain et des jeux
À l’approche des élections de mi‑mandat, Trump essaie de contenir les prix de l’alimentation et du carburant. Il organise des combats de catch sur la pelouse de la Maison‑Blanche et des courses de voitures dans les rues de Washington.
Les interventions du secrétaire au Trésor Scott Bessent sur le marché obligataire relèvent de la même logique : des efforts sisyphéens pour contenir les prix.
Le ton de la Fed à Jackson Hole était relativement agressif, mais l’économie ne tourne que grâce à la construction massive de data centers, pas grâce à un consommateur américain en bonne santé.
C’est un constat que j’aimerais voir démenti, car les conséquences politiques d’avoir raison seraient peu réjouissantes.
Le Portail Liberté Financière™
Le chemin le plus rapide et le plus complet vers votre liberté financière.
Les 3 formations essentielles, des outils exclusifs et un accompagnement confidentiel — réunis dans un seul programme.
Pourquoi acheter les modules séparément… quand vous pouvez tout obtenir en une seule fois ?
799 €
Le système complet pour avancer plus vite
Fin des ETF Monde sur PEA : le projet et son abandon
Projet d’exclusion des ETF MSCI World et S&P 500 du PEA : fonctionnement des ETF synthétiques, enjeux fiscaux et raisons de l’abandon gouvernemental.
Placer son argent en Suisse en 2026: utile ou dépassé?
La Suisse offre stabilité, qualité et résilience. Découvrez si placer votre argent dans ce pays refuge est une stratégie pertinente.
Intérêts composés : définition, exemples et fonctionnement
Comprenez enfin les intérêts composés : définition simple, exemples concrets et impact réel sur votre épargne et vos investissements.
Vos commentaires
Seront refusés les commentaires anonymes, insultants, contenant du spam, de fausses adresses email, des liens vers des sites commerciaux ou n'ayant rien à voir avec le sujet. Restez poli et lisez l'article dans sa totalité avant de vous lancer dans des critiques qui le plus souvent sont rencontrées un peu loin.






0 commentaire