
Marchés au sommet : faut-il arrêter d’acheter des ETF ?
Le S&P 500 bat tous les records. SpaceX est entré en bourse à 1 750 milliards de dollars. Les marchés semblent au sommet. Et la question arrive de partout : est-ce le bon moment pour continuer à acheter des ETF, ou vaut-il mieux attendre une correction ?
C’est l’une des questions les plus fréquentes que je reçois. Et la réponse va probablement à contre-courant de ce que vous ressentez.
Et si j’avais arrêté d’acheter chaque fois que les marchés semblaient « trop hauts », ce chiffre ne serait pas celui-là.
Les records boursiers sont moins rares que vous ne le croyez
Quand les marchés atteignent un nouveau sommet, l’instinct naturel est de penser que c’est exceptionnel, que ça ne peut pas durer, et qu’une correction est imminente.
Cet instinct est humain. Il est aussi statistiquement faux.
Depuis 1926, la bourse américaine a atteint un nouveau sommet historique dans environ 30% des mois. Trois mois sur dix, les marchés sont à leur plus haut niveau de tous les temps. Un record boursier n’est pas une anomalie. C’est une étape normale dans une progression continue.
Et voici la donnée la plus importante : en regardant l’histoire du S&P 500, un investisseur qui a acheté exactement au sommet du marché n’a jamais enregistré une perte supérieure à 10% cinq ans plus tard. Jamais. Sur un siècle de données.
Ce n’est pas de l’optimisme. C’est de la statistique.
Le vrai coût de l’attente
Attendre une correction semble prudent. En réalité, c’est l’une des décisions les plus coûteuses qu’un investisseur particulier puisse prendre.
La raison est psychologique autant que mathématique.
Des études en finance comportementale montrent que la douleur d’une perte est deux fois plus intense que la satisfaction d’un gain équivalent. Ce biais, appelé aversion aux pertes, pousse les investisseurs à attendre indéfiniment, à chercher le « bon moment », et à rater des mois entiers de hausse dans l’attente d’une correction qui tarde à venir.
Et en bourse, les journées de hausse les plus importantes sont aussi les plus imprévisibles. Une étude JP Morgan sur les 20 dernières années montre que si vous avez raté les 10 meilleures journées du S&P 500, votre rendement annuel moyen chute de 9,8% à 5,1%. Si vous avez raté les 20 meilleures journées, il tombe à 2,1%.
Ces journées ne s’annoncent pas. Elles arrivent souvent juste après des périodes de panique, quand la plupart des investisseurs prudents sont encore en dehors du marché.
En moyenne, un marché haussier dure plus de six ans. Ceux qui attendent la correction pendant ces six ans paient leur prudence au prix d’une sous-performance significative.
Le FOMO : l’autre piège symétrique
L’attente n’est pas le seul danger. Son opposé l’est tout autant.
Le FOMO, Fear Of Missing Out, est la peur de rater une opportunité. Et il frappe particulièrement fort quand une action explose, quand une introduction en bourse fait les manchettes, quand tout le monde autour de vous semble gagner de l’argent facilement.
L’introduction de SpaceX en est l’exemple parfait. En quelques jours, le cours a flambé. Les forums d’investisseurs s’enflamment. La pression de rejoindre le mouvement est réelle.
Mais le FOMO frappe toujours au mauvais moment. Quand la peur de rater devient la motivation principale d’un achat, l’essentiel de la hausse est souvent déjà passé. Et les investisseurs qui ont acheté au plus haut, attirés par le bruit, sont les premiers à vendre en panique lors de la première correction.
On a connu cela avec le bitcoin. Ce n’est pas investir. C’est spéculer, guidé par l’émotion.
Ce que j’ai fait en 2021 et ce que ça m’a appris
En 2021, les marchés semblaient également au sommet. Le S&P 500 enchaînait les records. La liquidité déversée par les banques centrales pendant le COVID gonflait les valorisations. Tout le monde semblait convaincu qu’une correction majeure était imminente.
J’ai continué mes achats réguliers. Sans modifier mon rythme, sans chercher à timer le marché, sans déroger à ma méthode.
En 2022, la correction est arrivée. Les marchés ont perdu 19%. Il fallait continuer à acheter. Et fin 2023, les marchés avaient non seulement effacé leurs pertes mais atteint de nouveaux records.
Ceux qui avaient attendu la correction avant d’investir, puis attendu que les marchés « se stabilisent » après la correction, ont raté deux ans de hausse dans les deux sens.
J’ai appliqué cette logique pendant toute ma vie. Mon rendement annuel moyen, toute ma vie : 10%. J’ai même précisément documenté mon rendement annuel moyen pour ces 13 dernières années : 10,99%. Ce chiffre n’est pas le résultat d’un timing parfait. C’est le résultat d’une méthode répétée dans toutes les conditions de marché, y compris quand les marchés semblaient « trop hauts ».
La méthode qui protège des deux pièges
Ni l’attente ni le FOMO ne sont de bonnes stratégies. La seule approche documentée qui protège des deux est le dollar cost averaging : investir une somme fixe à intervalles réguliers, quoi que fassent les marchés.
Concrètement : vous décidez d’un montant mensuel, vous programmez un virement automatique, et vous n’y touchez plus. Peu importe que les marchés soient à leur plus haut ou en pleine correction. Vous achetez.
Quand les marchés baissent, votre somme fixe achète plus de parts. Quand ils montent, elle en achète moins. Sur le long terme, vous lissez automatiquement votre prix d’achat moyen sans jamais avoir besoin de prédire quoi que ce soit.
Cette méthode a un avantage psychologique décisif : elle supprime la décision. Il n’y a plus de « est-ce le bon moment ». Il y a un virement automatique le même jour chaque mois. Et cette absence de décision est précisément ce qui la rend efficace.
Ce que « investir au sommet » donne vraiment
Voici une expérience de pensée utile.
Imaginez un investisseur qui a la pire malchance du monde : il investit exactement au sommet du marché avant chaque grande correction depuis 50 ans. Avant le krach de 1987. Avant l’éclatement de la bulle internet en 2000. Avant la crise financière de 2008. Avant le COVID en 2020.
Malgré ce timing catastrophique, cet investisseur finit avec un patrimoine significatif, parce qu’il n’a jamais vendu et a continué à investir régulièrement après chaque krach.
L’histoire le confirme : il vaut mieux passer du temps investi dans le marché que chercher le moment parfait pour y entrer.
Quand est-il vraiment justifié de modifier sa stratégie ?
Continuer à investir régulièrement ne signifie pas ignorer toutes les signaux. Il y a des situations où ajuster son allocation a du sens.
Si votre horizon d’investissement se raccourcit, réduire la part actions au profit d’actifs moins volatils est raisonnable. Si vous avez besoin de liquidités dans les deux ou trois prochaines années, ce n’est pas cet argent qui doit être en bourse. Si votre situation personnelle change significativement, votre stratégie d’investissement doit évoluer avec elle.
Mais aucune de ces raisons n’a quoi que ce soit à voir avec le niveau des marchés. Ce sont des raisons personnelles, pas des raisons de marché.
Modifier sa stratégie parce que « les marchés sont au sommet » n’est pas de la prudence. C’est du timing déguisé en sagesse.
La conclusion que ma vie d’investisseur m’ont imposée
Les marchés sont au sommet environ 30% du temps depuis un siècle. Ceux qui ont attendu que les marchés « redescendent » avant d’investir ont, dans la grande majorité des cas, sous-performé ceux qui ont simplement investi régulièrement.
Ce n’est pas une opinion. C’est ce que les données montrent sur un siècle d’histoire boursière.
La liberté financière ne vient pas d’un timing parfait. Elle vient d’une méthode simple, répétée assez longtemps pour que les intérêts composés fassent leur travail.
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